Le Business Book GP 2010 dĂ©voile les salaires de pilotes de F1. Bilan: -16% par rapport Ă 2009! Lâan dernier, Kimi Raikkonen Ă©tait le mieux payĂ©, avec 45 millions dâeuros. En 2010, le N°1 est Fernando Alonso, avec âseulementâ 30 millions dâeuros. 30 millions dâeuros pour un pilote qui nâa pas souri depuis des annĂ©es et qui envoie balader ses ingĂ©nieurs. Eric Zemmour avait traitĂ© lâĂ©quipe de France de football de âmercenaires obsĂ©dĂ©s par lâargent, qui se fichent de porter les couleurs de leur paysâ. Peut-on dire la mĂȘme chose des pilotes de F1?
PiĂšce Ă conviction N°1: Jenson Button, mercenaire en puissanceâŠ
Câest dĂ©sormais une habitude. Les pilotes nâont plus aucun Ă©gard pour lâĂ©curie qui leur a permis dâaccĂ©der Ă la F1 ou dây devenir une star. Sâil y a un meilleur volant ailleurs, ils foncent! Mais le transfert de Jenson Button Ă©tait motivĂ© par des questions purement financiĂšres.
Fin 2008, Honda annonce quâil abandonne la F1. Ross Brawn doit entamer une course contre la montre pour trouver un repreneur. Quant aux pilotes, Jenson Button et Rubens Barrichello, personne dâautre nâen veut. Le bilan de lâAnglais est particuliĂšrement dĂ©sastreux: 1 seule victoire en 9 saisons et son meilleur rĂ©sultat 2008 nâest quâune 6e place Ă Barcelone. A 29 ans, il fait figure de has been.
Brawn sauve lâĂ©quipe in extremis et lui trouve un moteur Mercedes. Mais pour courir, Button doit revoir ses prĂ©tentions salariales Ă la baisse.
Une saison, 6 victoires et 1 titre plus tard, Jenson Button est redevenu âbankableâ. Entre temps, Mercedes a rachetĂ© Brawn GP. Button veut bien continuer, mais avec une substantielle augmentation.
Ross Brawn refuse, alors il file chez McLaren, qui lui offre 6 millions de livres par an. VoilĂ comment il remercie son patron, le seul homme qui voulait de lui neuf mois plus tĂŽt!
Bonus: faute de salaire, Button avait exigĂ© quâen cas de titre, on lui offre sa F1. Lorsque lâAnglais exigea son du, Mercedes/Brawn lui rĂ©pondit quâils manquaient de chĂąssis et lui proposaient de construire une rĂ©plique. Refus de Button, qui a Ă©tĂ© devant les tribunaux.
En fait, le premier mercenaire de la F1 fut Juan-Manuel Fangio: il a toujours voulu piloter la meilleure voiture de lâannĂ©e. Pour ses dĂ©buts EuropĂ©ens, en 1948, il pilote une Maserati aux couleurs de lâArgentine. Le prĂ©sident autoritariste Juan PerĂŽn, piquĂ© dâautomobile, pensait sans doute pouvoir utiliser ses pilotes Ă des fins de propagande. Mais dĂ©s quâil se fait un nom, en 1949, Fangio signe chez Gordini⊠Dont il juge dâemblĂ©e que la voiture nâest pas compĂ©titive, alors il part chez Ferrari (toujours en 1949.) Mais Ferrari boude le premier âchampionnat du monde de conducteursâ (future F1), alors Fangio va le courir chez Alfa Romeo. Pour 1952, les Grand Prix adoptent la rĂšglementation âF2âł et Alfa jette lâĂ©ponge. Fangio (titrĂ© en 1951) connait un passage Ă vide. Il retrouve un volant âusineâ en 1954, avec Mercedes. 2 titres plus tard, la firme Ă lâĂ©toile se concentre sur lâendurance. LâArgentin signe alors chez Ferrari. Enzo Ferrari nâaime pas Fangio, quâil juge opportuniste (le commendatore voulait ĂȘtre maitre du destin de ses pilotes), mais comme câest le meilleur⊠Lâassociation dure un an (et un titre.) Entre temps, la Maserati 250F est devenue la F1 de rĂ©fĂ©rence et en 1957, il signe donc pour la firme au trident, oĂč il dĂ©croche un cinquiĂšme et dernier titre.
Ca nous fait donc 5 titres (dont 4 consĂ©cutifs) avec 4 Ă©curies diffĂ©rentes. A une Ă©poque oĂč il y avait peu dâessais et peu de dĂ©veloppement, il Ă©tait possible de sauter dâune voiture Ă lâautre et dâĂȘtre immĂ©diatement compĂ©titif. A fortiori lorsque vous possĂ©dez la maestria de lâArgentinâŠ
Il dĂ©montra par A+B que les scrupules ne servent Ă rien. A contrario, Stirling Moss prĂ©fĂ©rait laisser parler son cĆur et signer avec des Ă©curies Britanniques dĂ©butantes, par amitiĂ© envers les patrons. Moss ne fut jamais titrĂ©.
Les pilotes qui ont fait des sentiments furent souvent mal rĂ©compensĂ©s. Emerson Fittipaldi et Jacques Villeneuve ont gĂąchĂ© leur talent et leur carriĂšre avec respectivement Copersucar (fondĂ©e par le frĂšre dâEmerson, Wilson Junior) et BAR (mise en place par Craig Pollock, manager et ami dâenfance du QuĂ©becois.) Jackie Stewart resta fidĂšle Ă Ken Tyrell et il fut donc victime de la compĂ©titivitĂ© en dent de scie de ses voitures, dĂ©crochant 3 titres non-consĂ©cutifs. MĂȘme punition pour Jim Clark avec Lotus. Et lorsquâenfin, aprĂšs 3 saisons de disette, lâĂ©curie a eu une voiture rapide, lâEcossais se tue en course.
Mario Andretti sâest acharnĂ© chez Parnelli, alors quâil aurait pu signer bien plus tĂŽt chez Lotus (et remporter davantage de victoires.) Laissant parler ses origines transalpines, Jean Alesi prĂ©fĂ©ra une Ferrari Ă une Williams (il avait dĂ©jĂ paraphĂ© le contrat.) Ce talent prometteur fut ainsi pilote de la scuderia de 1991 Ă 1995; le pire moment. Heinz-Harald Frentzen a refusĂ© 3 fois les avances de Franck Williams, restant chez Sauber (car Peter Sauber lâa fait dĂ©buter en F1.) Lorsquâenfin il dit âouiâ, en 1997, la Williams ne dominait plus autant.
Michael Schumacher fut lâun des rares Ă ĂȘtre rĂ©compensĂ© pour sa fidĂ©litĂ©. Et encore, lors de sa signature chez Ferrari, mi-1995, lâAllemand ne donnait pas lourd de ses chances Ă y garnir son palmarĂšsâŠ
NĂ©anmoins, Fangio nâavait aucune motivation financiĂšre. CâĂ©tait un racer pur et dur.
Avec Jackie Stewart, la F1 entre dans lâĂšre des sponsors. LâEcossais fut le premier pilote Ă gagner plus dâun million de dollars de gains au cours de sa carriĂšre. A une Ă©poque oĂč les pilotes de F1 tombaient comme des mouches, le public est avec lui: câest le salaire de la peur. Stewart a atteint le million de dollars en accumulant les sponsors personnels tout azimut. Une nouvelle Ford Ă lancer? Une pub pour du champagne? Une ligne de slips kangourous? Si câest bien payĂ©, il est votre homme!
Niki Lauda, lui, a Ă©tĂ© le premier Ă exiger que son Ă©curie le paye grassement. Chez Ferrari, il a monnayĂ© au prix fort son talent. Lorsquâil parti, il signa avec la seule Ă©quipe qui acceptait ses prĂ©tentions financiĂšres: Brabham.
Lauda tenta de monter sa propre compagnie aĂ©rienne, Lauda Air. Mais les affaires ne marchaient pas. Pour renflouer les caisses, il se fait dâabord commentateur de Grand Prix (au tarif âLaudaâ.)
Câest insuffisant, alors il reprend le volant, mais pas Ă moins dâun million de dollars piĂšces. Renault accepte, mais la CGT a vent de lâaccord et elle exige que le million aille aux ouvriers de la firme au losange. Il nây a plus dâargent pour Lauda, heureusement pour lui, chez McLaren, le cow-boy est prĂȘt Ă lui faire un pond dâor. 3 saisons plus tard, lâAutrichien considĂšre quâil a gagnĂ© assez dâargent et il raccroche de nouveau le volant.
Lauda a ouvert la voie de lâargent-roi. Les annĂ©es 80 voient lâarrivĂ©e des agents. Nigel Mansell, Nelson Piquet, Alain Prost et Ayrton Senna (pas vraiment les meilleurs amis du monde Ă la ville) sâentendent pour un âSMICâ du champion du Monde.
Au milieu des annĂ©es 90, Ken Tyrrel clame quâil veut bien embaucher Michael Schumacher⊠Mais quâil doit dâabord gagner au loto! Pourtant, lâAllemand est moins bien payĂ© que les footballeurs ou les basketteurs US. A cette Ă©poque aussi, un pilote de fond de grille touche encore Ă peine une centaine de milliers dâeuros par an (en oubliant les cas oĂč le pilote paye pour conduire.)
Mais en quelques annĂ©es, les salaires flambent aussi Ă lâarriĂšre du peloton: pour un million dâeuros par an, tâas plus rien! Schumacher est le sportif le mieux payĂ© du monde (son salaire annuel est estimĂ© entre 20 et 120 millions dâeuros!) et Jean Alesi coiffe les sportifs tricolores.
Paradoxalement, lâĂ©poque actuelle voit davantage une baisse des salaires. Button Ă©tant lâexception qui confirme la rĂšgle.
PiÚce à conviction N°2: Fernando Alonso, le prolétaire
Il nây a pas beaucoup dâhistoires Ă la Cendrillon en F1. Les biographes ont souvent des anecdotes plus ou moins larmoyantes: François Cevert a dĂ©pouillĂ© une Mini de ses roues (faute dâavoir les moyens dâen acheter pour la remorque de sa F3), Damon Hill a livrĂ© des pizzas, lâentreprise du pĂšre de Robert Kubica (qui finançait sa carriĂšre) a fait faillite, etc.
La rĂ©alitĂ© est que la plupart des pilotes sont issu de la bourgeoisie. Niki Lauda sâest endettĂ© jusquâau cou pour aller en F1. Mais il recevait ses crĂ©anciers dans le chĂąteau familial et câest toujours plus facile de dĂ©crocher un prĂȘt lorsque vous ĂȘtes chĂątelain que lorsque vous habitez une chambre de bonneâŠ
Il y a nĂ©anmoins au moins un vrai prolĂ©taire dans le plateau actuel: Fernando Alonso. Le pĂšre de âNando Ă©tait ouvrier dans une usine dâexplosifs. LâEspagnol dĂ©couvre le kart Ă 3 ans. Mais Ă 10 ans, alors que les choses devenaient sĂ©rieuses, son pĂšre ne peut plus payer (et vu le budget pour une saison de karting en minimes, câest dire si Alonso pĂšre Ă©tait pauvreâŠ) Le salut viendra de Tony Kart, qui lui paye un volant⊠En Italie. Alonso a donc du partir seul, Ă 10 ans, dans la pĂ©ninsule.
De quoi excuser un peu son comportement.
Pour autant, la course automobile nâa jamais Ă©tĂ© un sport de pauvres. Il suffit de se souvenir du Grand Prix de France 1938: Manfred von Brauchitsch, vainqueur, se moquait de son Ă©quipier Hermann Lang, aux origines modestes. âChampagne pour tout le monde! Et une biĂšre pour Lang!â
A la fin du XIXe siĂšcle, dans les dĂ©mocraties occidentales, les aristocrates se retrouvent au rang de figurants. Ils sâennuient et pour passer le temps, ils jouent avec la mort. LâĂ©poque voit Ă©galement les dĂ©buts de lâautomobile. Nos aristocrates vont donc courir avec des voitures toujours plus rapides, toujours plus chĂšres.
Une liste des premiers pilotes ressemble Ă un bottin mondain: le marquis Jules-Albert de Dion, le comte Louis Zborowski, le prince Bertrand Marie Ponse François Raphael de Faucigny-Lucingele (alias âprince de Cystriaâ), le baron Manfred von Brauchitsch, le prince Birabongse Bhanutej Bhanubandh (alias âprince Biraâ) ou le prince Igor Nikolayevich Troubetzkoy.
La traditions des aristocrates-pilotes se poursuivie en F1 avec Alfonso Cabeza de Vaca y Leighton (marquis de Portago), le comte Wolfgang âTaffyâ von Trips, Jonkheer Carel Pieter Anthonie Jan Hubertus Godin de Beaufort, le prince Jorge de Bagration de Moukhrani, âJohnnyâ Crichton-Stuart (comte de Dumfries) ou Elio de Angelis.
La haute bourgeoisie se plaisait Ă imiter lâaristocratie. DâoĂč son irruption dans le sport automobile avec des âfils deâ comme James Gordon Bennett, William Henry Vanderbilt, Camille Jenatzy, Laury Schell, AndrĂ© Dubonnet ou Rob Walker (fils de Johnnie.)
Là encore, on en retrouvera beaucoup en F1: les frÚres Rodriguez, Jim Hall, Niki Lauda, Jacques-Henri Laffite, Ricky von Opel, François Hesnault, Takachiho Inoue, Ricardo Rosset, Pedro-Paulo Diniz, Ricardo Zonta, Zsolt Baumgartner ou Tiago Monteiro.
Les noms citĂ©s ci-dessus (liste(s) non-exhaustive(s)) comprennent aussi bien de vĂ©ritables chicanes mobiles que de grands pilotes. La mise en place des formules de promotion (qui permettent aux pilotes moins argentĂ©s de se faire ârepĂ©rerâ) ou lâarrivĂ©e des sponsors a peu modifiĂ© la donne. Si vous voulez aller jusquâen F1, mieux vaut avoir des parents argentĂ©s.
Par ailleurs, Ă moins dâĂȘtre riche (ou fans de voitures), la plupart des parents diraient Ă leurs fils: âCâest bien gentil, tes petites voitures, mais ça ne te paye pas Ă manger. Alors fais des Ă©tudes, trouve toi un âvraiâ travail et ensuite, tu pourras faire vroum-vroum le dimanche!â
PiĂšce Ă conviction N°3: Nico Rosberg, lâapatride
Nico Rosberg est le paroxysme du pilote âmondialisĂ©â. Fils dâun champion de F1 Finlandais (Keijo âKekeâ Rosberg), il est nĂ© Ă Wiesbaden (en Allemagne.) Il a grandi Ă Monaco, parle français, anglais et allemand, mais baragouine en finnois. Il possĂšde la double-nationalitĂ© Allemande et Finlandaise, mais il se considĂšre âAllemandâ. Notez quâil nâa couru quâune saison en Allemagne (2002), en Formule BMW.
LĂ encore, rien de nouveau.
Au dĂ©but du siĂšcle, lâAmĂ©rique fourmillait dâĂ©migrants de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration. DâoĂč la prĂ©sence de pilote comme les Italiens Ralph de Palma et Dario Resta, le Suisse Louis Chevrolet (plus tard associĂ© Ă la marque Ă©ponyme) ou le Français Gaston Chevrolet (petit frĂšre de Louis.) Des pilotes arrivĂ©s aux Etats-Unis pour des raisons personnelles et qui nâont jamais couru dans leur pays dâorigine.
Harry OâReilly Schell Ă©tait uniquement AmĂ©ricain par le sang. En 1940, les OâReilly Schell mĂšre et fils quittent la France pour les Etats-Unis (pour des raisons Ă©videntes.) Ils veulent y engager des Maserati Ă Indianapolis pour RenĂ© Dreyfus et RenĂ© Le BĂšgue. Leur mĂ©cano est lâItalien Luigi Chinetti (futur importateur Ferrari aux USA.) Ce fut un flop car aucune des 5 personnes ne parlait anglais!
La course des Deux Mondes 1958 Ă©tait une confrontation entre pilotes EuropĂ©ens et AmĂ©ricains, sur leurs voitures respectives, Ă Monza. En tant que pilote Ferrari, lâAmĂ©ricain Phil Hill sâest retrouvĂ© dans le camp des âEuropĂ©ensâ en 1958. Quant Ă lâArgentin Juan-Manuel Fangio, considĂ©rĂ© dâordinaire comme âEuropĂ©enâ, il pilotait exceptionnellement un roadster dâIndycar.
Depuis la fondation du championnat du monde de F1, il y a eu peu dâĂ©curies extra-europĂ©ennes et la plupart des courses ont lieu en Europe. Dans les annĂ©es 50-60, des nombreux Australiens et NĂ©o-zĂ©landais vinrent donc courir en Europe.
Les frĂšres Fittipaldi montrĂšrent la voie de lâexil aux BrĂ©siliens. Au dĂ©but, seuls les pilotes ayant fait leurs preuves au BrĂ©sil âmontaientâ en Europe. Mais, en 1981, Ayrton Senna fut le premier a courir dâemblĂ©e en Grande-Bretagne. DĂ©s lors, de Rubens Barrichello Ă Bruno Senna, en passant par Felipe Massa, la plupart des pilotes BrĂ©siliens vus en F1 ont peu roulĂ© au BrĂ©sil. Certains dĂ©couvraient Interlagos lors du Grand Prix du BrĂ©sil!
Les Japonnais, Ă©galement Ă©loignĂ©s gĂ©ographiquement, ont longtemps butĂ© sur la barriĂšre de la langue et la mĂ©connaissance des circuits EuropĂ©ens. DĂ©s les annĂ©es 90, les pilotes nippons partirent en Europe dĂ©s la F3. Aujourdâhui, Ă lâinstar des BrĂ©siliens, les Japonais viennent dâemblĂ©e chercher fortune en Europe.
Dans les annĂ©es 90, les championnat Italiens de F3 et de F3000 vont Ă vau-lâeau. Les meilleures pilotes sont parti vers dâautres pays EuropĂ©ens. Idem pour les Espagnols ou les habitants du Benelux, qui manquaient de championnats nationaux compĂ©titifs.
Lâexpatriation est devenue la norme. Ce nâest plus le fait dâhistoires personnelles ou de population Ă©loignĂ©es gĂ©ographiquement.
Les Français furent les derniers Ă rĂ©sister Ă lâĂ©loignement. De nombreux pilotes comptaient sur Elf ou Renault pour assurer leur avenir. Pas besoin dâapprendre lâanglais! Le rĂ©sultat? Comptez le nombre de pilotes Français en F1 entre 1996 (lorsque Elf arrĂȘta de sponsoriser des pilotes) et 2005âŠ
Dans les annĂ©es 90, Yvan Muller et Nicolas Minassian furent les premiers Français Ă traverser la Manche. Avec lâarrivĂ©e de lâOpen Nissan (ancĂȘtre de la FR 3.5), certains allĂšrent timidement de lâautre cĂŽtĂ© des PyrĂ©nĂ©es (notamment Franck Montagny.) Aujourdâhui, de toute façon, il nây a plus de championnat Français de monoplace. Lâexpatriation et les cours dâanglais sont obligatoire. Et ce nâest pas un hasard si de nouveau, on voit des Français qui âmarchentââŠ
PiÚce à conviction N°4: Jaime Alguersuari, le jeunot
Le pilote Toro Rosso est le plus jeune pilote de lâhistoire de la F1. Il est nĂ© en mars 1990. Lorsque Michael Schumacher dĂ©butait (1991), il portait encore des couches. Lorsque Rubens Barrichello remportait sa premiĂšre pole position (1994), il ne savait pas lire. Et pourtant, il court contre ces deux pilotes!
Il a remplacĂ© SĂ©bastien Bourdais, qui faisait figure de âvieuxâ avec des dĂ©buts Ă 20 ans.
De jeunes pilotes, il y en a presque toujours eu en F1. MĂȘme si lâont considĂ©rait quâil fallait de longues annĂ©es de pratique pour avoir le niveau dâun pilote de Grand Prix. Il suffit de regarder le âtop 10âł des dĂ©butants: Alguersuari coiffe Mike Thackwell (dĂ©buts en 1980), Ricardo Rodriguez (dĂ©buts en 1961), Fernando Alonso (dĂ©buts en 2001), Esteban Tuero (dĂ©buts en 1998), Chris Amon (dĂ©buts en 1963), Sebastian Vettel (dĂ©buts en 2007), Eddie Cheever (dĂ©buts en 1978), Jenson Button (dĂ©buts en 2000) et Tarso Marques (dĂ©buts en 1997.)
Bruce McLaren a remportĂ©, en 1959, un Grand Prix alors quâil nâavait que 22 ans. Son record a tenu 34 ans, lorsque Fernando Alonso remporta un Grand Prix en 2003.
La diffĂ©rence est que jusquâĂ rĂ©cemment, on dĂ©butait en automobile Ă 18 ans. Dâailleurs, certains championnats nâacceptaient pas les mineurs (des pilotes comme Bobby Rahal ou Rubens Barrichello ont ainsi du utiliser les papiers de leur pĂšre!)
Aujourdâhui, on dĂ©bute de plus en plus tĂŽt. MalgrĂ© leur jeune Ăąge, Lewis Hamilton, Nico Rosberg, SĂ©bastian Vettel ou Jaime Alguersuari avaient dĂ©jĂ 4 ou 5 saisons en automobile avant dâaccĂ©der Ă la F1.
OĂč va-t-on? DĂ©sormais, les constructeurs ârepĂšrentâ des pilotes de karting de 11 ans. Dans les annĂ©es 90, la Formule Campus (et lâactuelle F4 1.6) avaient une vocation de âsport-Ă©tude de la course automobileâ. Mais la plupart des pilotes dĂ©butent Ă 16, 17 ans en FR 2.0, oĂč on exige dâeux dâemblĂ©e des rĂ©sultats.
En cas de rĂ©ussite, ça nous donne des pilotes-robots comme Fernando Alonso ou Lewis Hamilton, qui nâont jamais eu dâenfance et dâadolescence et qui sâexpriment uniquement en langage marketing.
Et en cas dâĂ©chec? La F1 ne fait pas de cadeaux. En cas de faux pas, du jour au lendemain, les patrons dâĂ©curies âoublientâ votre portable. Ce nâest pas facile Ă accepter Ă 25 ans, alors Ă 20 ans⊠Prenez Brendon Hartley. Il a quittĂ© sa Nouvelle-ZĂ©lande natale Ă 16 ans pour entrer dans la filiĂšre Red Bull, en Europe. A 17 ans, il est champion dâEurope de FR 2.0. A 18 ans, il effectue un premier test chez Toro Rosso. Et Ă 19 ans, Ă mi-saison, il est virĂ© par Red Bull pour cause de rĂ©sultats insuffisants en FR 3.5. En plus, il nâĂ©tait pas si mauvais que cela: il est davantage un dommage collatĂ©ral de la guĂ©guerre entre Red Bull et sa structure F1. Que se passe-t-il aujourdâhui dans sa tĂȘte?











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