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Gilles Villeneuve - 25 ans déjà

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Messagepar Babe » Mar Mai 08, 2007 12:04 pm

[align=center]La contreverse d'Imola[/align]

[align=justify]Le Grand Prix de Saint-Marin de 1982 a eu lieu le 25 avril, sur le circuit Dino et Enzo Ferrari à Imola. Ce devait être la dernière course de Gilles Villeneuve.

Seulement 14 voitures étaient en piste pour la course. Les écuries britanniques étaient en grève à cause d'un conflit entre la FISA, le pouvoir sportif, dirigée par Jean-Marie Balestre, et la FOCA, l'association des constructeurs dirigée par Bernie Ecclestone.

Renault et Ferrari étaient les deux seules écuries de pointe à prendre part à la course. Enzo Ferrari avait promis aux organisateurs la participation de ses pilotes à l'épreuve.

René Arnoux avait obtenu la position de tête devant son équipier Alain Prost. En deuxième ligne, on retrouvait les pilotes Ferrari: Gilles Villeneuve (3e) et Didier Pironi (4e).

En raison du peu de voitures en piste, les organisateurs de la course savaient que le spectacle dépendait de la bataille que se livreraient ces quatre pilotes.

Malheureusement, les deux pilotes Renault ont dû abandonner. Alain Prost a disparu au 6e tour en raison d'un bris de moteur. René Arnoux a maintenu sa position de tête devant les pilotes Ferrari. Mais au 44e tour, un problème de turbo survient: il se range sur le côté de la piste.

Gilles Villeneuve était à ce moment devant Didier Pironi. Ce qui a suivi fait l'objet de versions contradictoires. L'histoire a retenu que les deux pilotes se sont livré une bataille féroce, même si l'équipe leur avait indiqué qu'ils devaient ralentir. On s'inquiétait alors de la consommation d'essence et de l'usure des pneumatiques.

Points de vue et vérités


Selon le journaliste britannique Alan Henry, le panneau « slow » a été montré aux deux pilotes lorsque Gilles était en tête. Pironi a tout de même dépassé Gilles, nullement inquiet, pensant qu'il voulait assurer le spectacle pour les gens dans les gradins.

Dans l'avant-dernier tour, Gilles a repris la tête, croyant que Pironi allait ralentir derrière lui. Mais le Français l'a repassé dans la descente vers Tosa, dans une manoeuvre serrée. Gilles Villeneuve a été surpris, et il n'a pas pu reprendre sa place avant le drapeau à damiers. Il était en colère sur le podium. Son visage fermé le confirmait.

Selon le journaliste français Renaud de la Borderie, Enzo Ferrari avait donné l'ordre suivant: « Faîtes le spectacle ». À deux tours de la fin, Mauro Forghieri a brandi le panneau « slow ». Villeneuve en tête s'y est soumis, Pironi aussi, mais dans l'ultime tour, Pironi a dépassé Villeneuve et a gagné la course. Selon le journaliste, Pironi a « dégainé son dépassement comme un tueur », et Villeneuve n'a pas pu riposter.

Piero Ferrari, fils d'Enzo Ferrari, a confirmé plus tard que les instructions dans pareille situation étaient de conserver l'ordre établi et les positions telles qu'elles étaient. Didier Pironi n'aurait donc pas respecté la consigne.
Gilles Villeneuve

À Radio-Canada Sports, Joann Villeneuve donne sa version:

« Je sais bien ce qui s'est passé, car je notais les temps sur le bord du circuit. Il n'y a pas eu de bataille. L'équipe a demandé aux pilotes de ralentir vers la fin. Gilles a obéi sans se poser de questions. Il a ralenti de cinq secondes au tour, alors que Didier a continué à pousser très fort. C'est facile de dépasser quand on roule cinq secondes plus lentement. Gilles a donc repris le rythme, et en repassant devant les puits, il a encore vu le panneau « slow ». Il a donc ralenti encore, en pensant que Didier allait obéir aux ordres. Ce qui n'a pas été le cas. »

« Il s'est senti trahi par l'équipe, et par un homme avec qui il pensait avoir une réelle amitié. L'équipe aurait pu faire en sorte que les ordres soient respectés. Ça a été ambigu. Ils ont laissé un petit peu la porte ouverte à Didier. Ça aurait dû être beaucoup plus clair. Je crois qu'il s'était développé une amitié entre Didier Pironi et Marco Piccinini (le directeur sportif de l'équipe), ce qui a fait que Marco n'a pas osé être aussi rigide qu'il aurait dû. »

Les intentions de Didier Pironi

Plusieurs sources indiquent que Didier Pironi, arrivé en 1981, avait commencé à placer ses pions chez Ferrari, en fin politicien, tandis que Gilles ne l'était pas du tout.

Il faut dire que Pironi avait séduit Ferrari par sa vitesse. Et il aurait rallié à sa cause quelques personnes, dont le directeur sportif de qui il était proche.

Ce qu'a confirmé à Radio-Canada Sports Patrick Tambay, ami personnel de la famille Villeneuve, celui qui a succédé à Gilles dans la voiture numéro 27.

« Il se trouve que Marco Piccinini était le seul présent à Imola ce jour-là, et il était très proche de Didier. Il avait été témoin au mariage de Didier. Le directeur technique Mauro Forghieri était le porte-parole pour le Commendatore Ferrari et dictait les directives et la stratégie de course. La consommation d'essence était limite, et le panneau est sorti par Marco Piccinini, mais Didier ne l'a pas respecté. C'est comme cela que m'a rapporté les éléments le chef de piste de Didier il y a 15 jours (NDLR: semaine du 17 avril 2007). »

Didier Pironi a-t-il voulu, ce jour-là, affaiblir la position de Gilles au sein de l'équipe? Voulait-il lui ravir le poste de pilote numéro un? S'est-il senti protégé par le fait qu'il avait l'appui de Marco Piccinini?
René Arnoux

Joint par Radio-Canada Sports, René Arnoux le suggère:

« Peut-être qu'il se sentait réconforté par le directeur sportif. Il a peut-être fait ce dépassement en se disant: "je ne risque rien, car j'ai une certaine protection". Vous savez, c'est compliqué entre les pilotes. Quand vous vous faites doubler, alors qu'il y a des ordres, ça donne un coup au moral. »

« Didier n'est plus là pour dire ce qui s'est passé dans son âme et conscience, rétorque prudemment M. Tambay. C'était un pilote. Quand les pilotes mettent leur casque sur la tête, certains ne raisonnent plus de la même manière. Pourquoi a-t-il agi de la sorte? On ne le saura jamais. »

(ndlr: Didier Pironi s'est tué le 23 août 1987 dans un accident de bateau au large de l'Île de Wight (sud de l'Angleterre), alors qu'il participait à une course de offshore, à bord du « Colibri »)

« Quand Joann dit que Gilles s'est senti trahi par l'équipe, je ne crois pas, c'est un peu excessif. Moi, quand je suis arrivé, j'ai ressenti un amour profond pour Gilles. Il a peut-être été trahi par une ou deux personnes, mais pas par le Commendatore, pas par les ingénieurs ni les mécaniciens, ni par l'usine. Par Marco Piccinini, peut-être, par un ou deux collaborateurs, peut-être. »

L'état d'esprit de Villeneuve

Pourtant, selon Renaud de la Borderie, Enzo Ferrari a mollement défendu Villeneuve. Il n'a pas osé sanctionner le pilote français. Villeneuve aurait averti la direction qu'en 1983, ce serait lui ou Pironi.

« Ce que m'a dit Gilles (après la course d'Imola), c'est qu'il avait une colère noire, se souvient M. Arnoux. Il ne voulait plus adresser la parole à Pironi. Ce qu'il a mis en application dans la seconde qui a suivi. C'est vrai que l'animosité qui s'est créée ce jour-là ne peut faire que des discordes au sein de l'équipe. Chacun travaille dans son coin, et ça devient délicat. »

La tension est montée, et c'est dans une lourde ambiance que Ferrari a abordé le Grand Prix de Belgique.

Gilles Villeneuve était-il encore aveuglé par sa colère quand il est entré en piste à Zolder? Voulait-il à tout prix être devant son équipier, et désormais adversaire? Pourquoi roulait-il à tombeau ouvert dans son ultime tour, tandis qu'il allait rentrer aux puits?

Sa femme n'était pas à ses côtés à Zolder, elle assistait à la première communion de leur fille, Mélanie, à Monaco.

« Je l'ai eu au téléphone le soir d'avant, se rappelle Joann Villeneuve. Il était calme. Il m'a semblé en colère, mais pas une colère qui le perturbait, une colère comme une déception énorme. Je n'étais pas dans sa tête. À partir de là, on peut extrapoler. C'était dans sa nature de vouloir être le premier. Peut-être qu'il y a eu: "Oui, je veux être plus rapide que Pironi." Mais de là à prendre des risques stupides, je ne crois pas. »
Gilles Villeneuve

« C'est vrai qu'Imola lui est resté gravé dans la tête, ajoute M. Arnoux. C'est vrai qu'après, il avait peut-être plus envie de se démarquer, d'être devant son équipier, mais je n'ai rien remarqué de spécial ce matin-là. »

« L'environnement était difficile, croit Patrick Tambay. Tension, désaccord, trahison à l'égard de Didier. Ce n'était pas un tour de qualif, mais un tour de rentrée aux stands. C'est encore plus dommage. Peut-être y a-t-il eu faute de concentration. L'environnement psychologique l'a peut-être amené à ne pas être aussi vigilant, concentré, appliqué. C'est un douloureux accident. »

Dans toute cette histoire, Gilles Villeneuve a peut-être été piégé par sa confiance aveugle, voire sa naïveté. Après le sacre de Jody Scheckter en 1979, Enzo Ferrari ne lui avait-il pas promis qu'il lui offrirait le titre quel que soit son équipier?

Gilles Villeneuve a pensé que jamais on ne contesterait sa place légitime dans l'équipe, une équipe pour laquelle il a donné son corps, son âme, et à Zolder le 8 mai 1982, sa vie.[/align]

Texte de Philippe Crépeau / http://www.radio-canada.ca
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Messagepar Neo57 » Mer Mai 09, 2007 8:45 am

Merci pour cette homage
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Messagepar Neo57 » Mer Mai 09, 2007 9:24 am

Le site que cite est riche en homage, voilà le point de vue d'un commissaire qui était là ce 8 Mai

Le matin du 8 mai 1982, Tony Eyckmans était commissaire de piste au circuit de Zolder.

Chef du poste 12, il était situé juste après le virage dans lequel a eu lieu l'accident. Joint par Radio-Canada Sports, il explique ce qu'il a vu:

« J'ai entendu un bruit, j'ai vu une voiture qui a fait des tonneaux, et en même temps, j'ai vu un pilote qui est sorti de la voiture. J'ai tout de suite envoyé tous mes commissaires à l'endroit de l'accident pour aider. »

Les conditions de piste sont normales à Zolder ce matin-là. Rien à signaler de particulier. Gilles Villeneuve n'a pas réussi à battre le temps de son équipier Didier Pironi.

Il reste moins de 10 minutes à la séance. Il est dans son dernier tour, et il va rentrer aux puits. Pourtant, il roule vite. On estime sa vitesse à 225 km/h quand il se rapproche de la March de Jochen Mass. La Ferrari la touche, décolle, part en tonneaux et se désintègre.

Les images vues à la télévision depuis 25 ans ne donnent pas une idée juste de la distance parcourue par la Ferrari en perdition.

Tony Eyckmans s'est donc placé au point de collision entre la March et la Ferrari, et a montré l'endroit où Gilles Villeneuve est retombé (au bas de la flèche blanche), pour montrer à quel point il allait vite.

Tout au fond, de l'autre côté de la piste, un pneu orange rappelle l'endroit où le Canadien a frappé la clôture.

Tout s'est joué en un instant


Dans sa Renault, René Arnoux roulait juste derrière la Ferrari de son ami. Il est un des premiers à s'être arrêté sur la scène.

« Il y a eu décollage immédiat, Gilles est sorti de sa voiture. Il est tombé sur la tête sur la route. Il a eu le coup du lapin et je me suis arrêté. Je suis allé le voir. Dès que je l'ai vu au sol, j'ai vu que malheureusement c'était fini. Il n'avait plus de réaction. J'ai dit: il n'est plus avec nous. »

[align=center]Image[/align]

Tony Eyckmans s'est approché rapidement du lieu de l'accident.

« Les commissaires du poste 12 sont tous venus aider. Il y avait trois chefs de poste, celui de l'endroit de l'accident, les chefs des postes en amont et en aval. Chacun a dirigé ses commissaires. Nous étions peut-être 30 ou 35. »

« Certains se sont occupé du public, d'autres des gens de la presse, les autres du pauvre pilote qui était sur la terre. C'est pas facile à dire. J'ai vu le pauvre Gilles. J'ai vu son visage. C'est un moment que je n'oublierai jamais. »

Gilles Villeneuve a été évacué en ambulance. Il a fallu ramasser les débris, et nettoyer la piste. En une quinzaine de minutes, se souvient M. Eyckmans, les commissaires avaient fait leur travail, et son équipe était revenue au poste 12.

« Tout le monde était vraiment choqué. On ne se sentait pas bien, vous savez. Mais la vie continuait. Nous n'avons pas parlé (de l'accident) au poste 12. Mais un accident comme celui-là, on n'oublie jamais, soutient l'ancien commissaire. Pour le reste de mes jours. Même aujourd'hui, après 25 ans, je me rappelle tout. »

S'attendre au pire


Joann Villeneuve était restée à Monaco, pour assister à la première communion de leur fille Mélanie. C'est Jody Scheckter, l'ancien équipier de Villeneuve, qui l'a appelée, qui lui a dit que Gilles avait eu un accident, et qu'elle devait se rendre d'urgence à Zolder.

Elle a expliqué à Radio-Canada Sports dans quel état d'esprit elle a fait le voyage vers Zolder.

« On m'a dit que c'était très grave. Dans l'avion, la seule chose à laquelle je pensais, c'est qu'il fallait appeler tous les médecins du monde, car sûrement, un pourra réparer. On refuse la réalité, la vérité. »

« Sur place, il était branché, dans un coma, mais son coeur battait. Il reçoit des médicaments qui font battre son coeur. On a cette fausse impression qu'il est encore vivant, précise-t-elle. On demande de trouver un médecin qui pourra faire le miracle, poursuit-elle. Et puis, les médicaments arrêtent de marcher et il s'éteint. Et il faut faire face à la dure réalité des choses. »

L'accident a eu lieu à 13 h 52 min. Le décès de Gilles Villeneuve a été rendu public à 21 h 12 min, heure locale.

Souvenirs douloureux dans le paddock

Le lendemain, le Grand Prix de Belgique a lieu dans des conditions très difficiles. Pilotes et commissaires ont fait leur travail.

« Tout devient morose, explique René Arnoux. Tout devient insignifiant. Pour moi, mes copains sur la grille de départ, parce qu'on perd un compagnon de course. Moi, je perdais un super ami. Ça a été le moment le plus difficile de ma carrière. »

« J'ai travaillé, se souvient Tony Eyckmans, parce que si on quitte, il n'y a plus de course, il n'y a plus rien. Nous n'étions pas obligés de rester, mais c'est bien normal qu'on soit resté, pour oublier ces choses le plus vite possible. »

M. Eyckmans n'a rien oublié. Et le circuit de Zolder n'a pas voulu oublier Gilles.

« Ce n'est pas facile à dire. Après l'accident, avec quelques amis, nous avons pu construire un petit groupe pour chercher de l'argent. Et on a fait une petite statue au bord du circuit à l'entrée du paddock pour honorer un pilote comme Gilles, un pilote vraiment formidable, conclut M. Eyckmans. Même après 25 ans, il y a des moments qui ne sont pas agréables à repenser. »

La petite statue a aujourd'hui disparu. Il y a maintenant une plaque à l'endroit de l'accident. Villeneuve et Zolder, deux noms depuis 25 ans unis par le souvenir et la tristesse.
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