
On dit que depuis, la FIA est devenue plus regardante sur les candidats à l'obtention d'une "franchise" de F1
(d'où l'introduction du numerus clausus fin 1997) et qu'à la simple évocation du mot "Andrea Moda",
le visage de Max Mosley se couvre de boutons. Andrea Moda était une ancienne écurie inscrite en Formule 1 ,ayant pris part à la compétition à l'occasion de seulement quelques Grands Prix au cours de la saison 1992 .
Dans les années 70-80, la devise de la F1 aurait pu être "l'argent n'a pas d'odeur": n'importe qui pouvait
devenir pilote, sponsor, voir propriétaire d'écurie, pour peu qu'il est une malette remplie d'argent. Alors, pourquoi pas le pape italien de la chaussure bon marché, Andrea Sassetti (alias "Andrea Moda").
L'homme aux allures de Playboy, riche possède une firme Italienne confectionnant des accessoires de mode en cuir via sa sociétée Andrea Moda crée en 1985, dont le siège est à Morrovalle une commune de la province de Macerata dans les Marches en Italie
Sassetti est également propriétaire d'une chaîne de discothèques; le petit univers de la F1 conçoit mal son intrusion dans le sport automobile...
Afin de participer au championnat, Sassetti souhaite simplement adapter un moteur V10 Judd à la place du V8 Cosworth et boîte de vitesse Dallara sur le châssis de la Coloni C4 de la saison précédente. Fin 1991, Enzo Coloni déçide d'arrêté son aventure F1 et vend son équipe au transalpin pour 8 millons de libres. Mais, selon un règlement de la FISA, toute nouvelle écurie doit concevoir son propre châssis et payé une cotion de 100.000 dollars. La FISA considère Andrea Moda comme une nouvelle équipe et non comme la descendante de Coloni, suite à un problème de détention de droits. Sassetti ne paie pas l'aval demandé à toute nouvelle équipe.
Manque de chance pour Sasetti, la FISA a connu des cas similaire comme March (Leyton-House), Arrows (Footwork), Osella (Fondmetal) ou Larrouse (Venturi) qui eux non plus n'avaient pas réglé leur droits d'entrée !
Les anciennes Coloni repeinte en noire (pour passé peut-être inapreçues) sont donc refusés à l'inspection technique du premier Grand Prix à Kyalami en Afrique du Sud. Sassetti est donc forcé de faire appel aux services du bureau d'étude britannique Simtec (qui deviendra plus tard Simtek et qui entrera en F1 sous son propre nom en 1994) dans le but de modifier le châssis Coloni 1991 en Andrea Moda 1992. Simtec préfère alors dépoussiérer un ancien projet BMW jamais concrétisé pour servir de base à la monoplace 1992 et Sassetti inscrit deux monoplaces en championnat pour Alex Caffi et Enrico Bertaggia.
Simtec ne garantit la livraison des châssis que pour le GP d'Espagne, début mai. Andrea Moda risque donc une amende de la FISA pour non-présentation de ses monoplaces aux premiers GP de la saison. La "vilaine aventure Andrea Moda" débute... Sassetti se présente au GP inaugural du Mexique avec deux coques nues, quelques éléments de carrosserie, deux moteurs, des éléments de suspension, deux transmissions et des caisses de transport... Pas d'amende : les voitures sont présentes, bien que dans l'impossibilité de parcourir le moindre kilomètre. Sassetti retire donc son equipe avant les pre-qualifications, avec comme circonstance aténuantes: retard de matériel. Cela déçoit ceux qui ont soutenu l'entrée de Andrea Moda, ainsi que les pilotes Caffi et Bertaggia, qui critique Sassetti. Ce dernier les limoges sur le champ et signe 2 nouveaux "courageux" le Brésilien Roberto "pupo" Moreno et l'Anglais Perry McCarthy.
Au GP suivant (Brésil), les monoplaces (baptisés "Moda S291?) sont assemblées seulement vingt minutes avant le début de la séance de pré-qualification.Roberto Moreno tente de se pré-qualifier, roule au alentour de 15 secondes moins vite, avec une monoplace qui ne boucle que deux tours. La seconde voiture n'est pas autorisée à rouler car Sassetti a recruté le pilote Perry Mc Carthy qui n'a pas sa superlicence! Enrico Bertaggia est toujours dans les parrages, suppliant Sasseti de le gardé dans le TEAM pour la modique somme de 1 milion de Dollar en guise de "partenariat" ! Mais le tout nouveau et deja problèmatique McCarthy ne peut plus çédé sa place !
Sasetti se retrouve donc avec un pilote dont il ne veut pas, un million de dollars qu'il n'a pas, et deux autos, une qui est a peine prête et une autre qui n'est qu'une piece de rechange roulante. Le ton est donc donné pour le reste de la saison...
Après le Brésil, Andrea Moda effectue des essais à Imola, non concluants.

Moreno tombe en panne d'alimentation après seulement 4 tours aux essais du GP d'Espagne. Perry Mc Carthy obtient sa superlicence mais son employeur veut le limoger (alors qu'il n'a jamais roulé) pour rembaucher l'Italien Enrico Bertaggia (qui n'a fait aucun tour de piste lui non plus depuis 1989 qu'en il était chez Coloni - 6 fois non-préqualifié).
La FISA convoque Sassetti et lui fait remarquer qu'il a déjà effectué ses deux changements de pilotes autorisés par le règlement. Finalement Mc Carthy peut prendre part aux essais : il cale son moteur à la sortie des stands et malgré l'aide des commisaires ne peut pas redémarrer... 18 mètres en tout pour ses débuts !
Le GP de Monaco fournit enfin l'occasion pour une Andrea Moda de disputer une course. Un coup de chance ? Le Japonais Ukyo Katayama casse son moteur Venturi durant la pré-qualif ce qui pemet à Moreno de "jouer" sa place sur la grille ! Le Brésilien se classe dernier (26e) qualifié devant les deux Brabham (Damon Hill et Eric Van de Poele), la Fondmetal d'Andrea Chiesa et la March de Paul Belmondo qui ne sont pas qualifiés. Le relatif "exploit" de Moreno est de courte durée, il abandonne au 11e tour, sur bris de soupape, après des ennuis de boîte de vitesses et de roulement de fusée le samedi. Il est interessant de noté que Roberto realise le 19e meilleur chrono en course. Au moins une Andrea Moda avait fait ses débuts en GP.
Peu après, la discothèque de Sassetti est incendiée et lorsque le maître des lieux s'en échappe, on lui tire dessus (et on le manque.) On soupçonne alors Sassetti d'être un homme de paille de la mafia.
Au GP du Canada, nouvelle galère pour l'écurie : Sassetti explique qu'un orage s'est abattu sur Londres au moment où l'avion allait décoller et que le commandant de bord a exigé que l'on décharge plusieurs caisses de fret par mesure de sécurité et, manque de chance, ce sont ses caisses qui ont été sacrifiées... Certains ont des soupçons disant que Sasseti n'avait pas payé Judd... Brabham prête son moteur de rechange aux ingénieurs d'Andrea Moda pour l'installer, non sans mal, sur le seul châssis présent sur place destiné à Moreno; celui-ci rate la pré-qualification.
Le GP de France se déroule dans des conditions difficiles puisqu'une grève des transporteurs routiers paralyse le territoire. Toutes les écuries réussissent tant bien que mal à rejoindre le circuit sauf une... Théoriquement Sassetti peut invoquer le cas de force majeure pour sa non-présence au GP, mais, preuve de l'amateurisme de l'équipe, il prévient par fax Bernie Ecclestone et non les officiels du circuit. L'écurie est condamnée à 400 000 dollars d'amende et continue à se discréditer aux yeux de tous.
A Silverstone, nouvel épisode de "désorganisation", Moreno fait quelques tours avec des pneus pluies, pour ensuite les "passé" à son équipier McCarthy mais la piste était toujours séche. Le chrono de l'anglais est 16 secondes plus lent que le Bresilien et qui naturellement ne lui permet de passer la pré-qualification.
Au GP d'Allemagne, seul Moreno tourne pour tenter de se qualifier (sans succès) pendant la majeure partie de la séance, ce qui étaye les soupçons que l'écurie ne dispose en fait que d'une seule voiture roulant pour deux inscriptions en championnat. La voiture de McCarthy étant disqualifié pour ne pas être passé à la pesée obligatoire !
Il en va de même au GP de Hongrie; Sassetti fait son possible pour que McGarity ne courre pas ! Sentant le souffle du boulet, il envoie l'Anglais en piste sur la mulet de Moreno à deux minutes de la fermeture des stands, sans pour autant convaincre la FISA qui lui colle un avertissement. L'équipe devra aligner normalement deux voitures à Spa sous peine de sanctions financières lourdes.
En Belgique, l'écurie n'a pas à affronter l'épreuve des pré-qualifications suite au retrait des Brabham, et d'autres voitures ne pouvant faire mieux que 2 minutes au tour.
Mais les monoplaces ne peuvent se qualifier : Moreno casse son moteur et Mc Carthy n'arrive pas à conduire une monoplace dont le châssis a subi deux crash-test FISA et a perdu toute sa rigidité. Le pire est à venir lorsqu'un huissier vient saisir du matériel, Sassetti n'ayant pas payé un sous-traitant. Il indique à l'huissier que ces pièces ne peuvent être saisies, car fournies par un autre sous-traitant; et Sassetti de présenter à l'huissier des factures témoignant de sa bonne foi. Le lendemain, les gendarmes se présentent dans le paddock pour inculper Sassetti de faux et usage de faux et l'incarcèrent à Liège...
Suite à cette triste affaire (bien que finalement Sassetti soit blanchi de tout soupçon de fraude fiscale), la FISA publie le 8 septembre un communiqué annonçant que le Conseil Mondial décide, sur proposition du Bureau Permanent de la Commission F1, d'exclure définitivement l'équipe Andrea Moda, avec effet immédiat, au titre de l'article 166 qui prévoit l'exclusion du championnat pour nuisance à sa réputation. Sassetti ne s'avoue pas vaincu et tente de faire pénétrer de force ses camions dans le paddock de Monza, son GP national. S'il réussit à décharger son matériel dans les stands, les voitures, elles, ne sont pas autorisées à prendre le départ... C'en est fini de la courte et triste histoire Andrea Moda en F1.
Il y eut aussi cette séance d'essais programmée à Spa… Où l'équipe débarque sans avoir prévenu les officiels! Les mécanos démissionnent les uns après les autres, lassés par le manque de professionalisme de Sassetti.
En 1993, l'écurie tente de revenir à la Formule 1 avec le projet d'écurie Bravo Grand Prix et le pilote Jordi Gené mais faute d'investisseur sérieux, le projet est abandonné. Andrea Moda deviendra par la suite sponsor de l'ecurie Euromotorsport engagné dans le championnat CART.
Nicolas Dura pour lesminardistes.tk
Statistiques :
Round 1, South African Grand Prix:
Alex Caffi: DNP (Forfait)
Enrico Barteggia: DNP (Forfait)
Round 2, Mexican Grand Prix:
Alex Caffi: DNP (Forfait)
Enrico Barteggia: DNP (Forfait)
Round 3, Brazilian Grand Prix:
Robert Moreno: DNPQ (non-préqualifié)
Perry McCarthy: DNP (non-préqualifié)
Round 4, Spanish Grand Prix
Robert Moreno: DNPQ (non-préqualifié)
Perry McCarthy: DNPQ (non-préqualifié)
Round 5, San Marino Grand Prix
Robert Moreno: DNPQ (non-préqualifié)
Perry McCarthy: DNPQ (non-préqualifié)
Round 6, Monaco Grand Prix
Robert Moreno: DNF (qualifié 26e, abandon au 11eme tours)
Perry McCarthy: DNPQ (non-préqualifié)
Round 7, Canadian Grand Prix
Robert Moreno: DNPQ (non-préqualifié)
Perry McCarthy: DNP (Forfait)
Round 8, French Grand Prix
Robert Moreno: DNP (Forfait)
Perry McCarthy: DNP (Forfait)
Round 9, British Grand Prix
Robert Moreno: DNPQ (non-préqualifié)
Perry McCarthy: DNPQ (non-préqualifié)
Round 10, German Grand Prix
Robert Moreno: DNPQ (non-préqualifié)
Perry McCarthy: DNP (Forfait)
Round 11, Hungarian Grand Prix
Robert Moreno: DNPQ (non-préqualifié)
Perry McCarthy: DNPQ (non-préqualifié)
Round 11, Belgian Grand Prix
Robert Moreno: DNQ (non-qualifié)
Perry McCarthy: DNQ (non-qualifié)
L'équipe Andrea Moda :
Directeur général: Andrea Sassetti
Team Manager: Frederic Dhainhaut
Directeur technique: Michel Costa
Pilotes: Alex Caffi, Enrico Bertaggia, Roberto Moreno, Perry McCarthy
Meilleur résultat: abandon au bout de 11 tours à Monaco (Roberto Moreno)
Meilleur qualification: 26eme (Roberto Moreno, Monaco 1992)
Premier Grand Prix: South African Grand Prix 1992
Dernier Grand Prix: Belgian Grand Prix 1992
Sponsors: Andrea Moda, Ellesse, iGuzzini, ELD, Teuco, Urbis, Region March
La voiture :
Chassis: Andrea Moda Formula S921
Moteur: 3.5 L Judd V10
Boite de vitesse: Dallara
Huile: Agip
Pneus: Goodyear
Designer: Nick Wirth










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